Le petit garçon de 9 ans en a rêvé Pat Metheny l'a fait ...
Vingt-cinq années ont passé depuis mon premier concert de Pat Metheny, le 27 avril 1985 au Zenith. Je découvrais alors l'univers foisonnant du guitariste améraicain, et de son band, idéal, emmené par le pianiste Lyle Mays, le bassiste Steve Rodby, et le chanteur Pedro Aznar. Un quart de siècle après, Metheny parvient encore à surprendre, enthousiasmer et émouvoir l'amateur (et seulement amateur) de jazz que je suis devenu. Quitte à choquer les puristes de Jazz Mag, je suis fan du Metheny de Secret Story, Letter from home, ou de First Circle, et insensible aux envolées free jazz et aux improvisations savantes de Song X ou, celles qu'il distille avec Larry Grenadier, Bill Stewart ou Michael Brecker. Mon côté variétoche, sans doute ? Le 30 janvier, pour la première d'Orchestrion, dans le petit théâtre normand de Coutances, je m'attendais avec une certaine anxiété, à être désagréablement surpris par la nouvelle aventure tentée par mon guitariste préféré (au coude à coude avec Steve Hackett). Installé au deuxième rang de cette première mondiale (avec Pascal, l'indispensable chasseur de médiators), l'arrivée sur scène de Pat, son indispensable maillot marin, caché par un sweet gris, s'est évidemment accompagné d'une accélération de mon petit coeur fragile. Derrière lui, un rideau rouge , mal repassé, semblait dissimuler quelques secrets...
Metheny a attaqué par une version solo de Last train home, (celle de Quiet night). A ses côtés, d' étranges tubes reliés à des fil et des cartes électroniques, un piano, et des racks de bouteilles (de la gnôle ?), plus ou moins remplies, suscitaient déjà quelques étonnements dans le public. Pat attaque alors un morceau à la guitare, accompagné d'une étrange pédale Charleston, actionnée par un système eléctromagnétique, le fameux solénoide, élément indispensable de la machinerie qu'il devait dévoiler ce soir-là . Et soudain le rideau tombe, coupant littéralement le souffle aux 400 spectateurs présents. Derrière Metheny, apparaissent des portiques, avec des caisses de batterie, des cymbales, des congas, des cloches, des percussions métalliques ou en bois; mais aussi trois vibraphones, un marimba, un piano à queue, des guitares reliées à des mécanismes incroyables.
On a l'impression d'être dans le laboratoire du doc Frankenstein, ou dans l'usine à robots de Star Wars. Tous les mécanismes prennent vie, s'agitent avec frénésie. Sont-ils commandés par le seul humain sur scène? L'ensemble sonne, comme si des dizaines de musiciens étaient à la tâche. Le premier morceau du nouvel album Orchestrion, est une merveille. C'est la musique de tout cet orchestre sans musiciens qui s'élève, comme dans un rêve.
Pat Metheny ne ménage pas ses effets. Des lumières blanches clignotent pour indiquer quel instrument produit des sons en plus de ceux de sa guitare . On en prend littéralement plein les yeux et les oreilles. Cinq ou six cymbales, une ligne de basse, une envolée de piano, des descentes sur les toms de la batterie, des syncopes rythmiques aux percussions, un accompagnement harmonique avec les fameuses bouteille, qui fonctionnent avec des courants d'air passant dans leur goulot. Les 2h20 de concert se mettent alors à passer comme un rêve éveillé. On craint à chaque instant d' en être sorti. Metheny improvise un morceau pour montrer a quel point il contrôle son irrésistible machinerie. On se demande parfois, si un grain de sable, ou une panne, ne va pas mettre l'Orchestrion au tapis. Que nenni !
Pat interprète même des morceaux plus anciens : une magnifique version de Letter from home, mais aussi l'Antonia, de Secret Story, où les fameux tubes carrés présents aux côtés du guitaristes, produisent un son mêlant ceux du bandonéon, de l'orgue et de la guitare. A propos de guitare, Metheny en profite pour dévoiler un instrument incroyable (encore plus que sa harpe guitare). Une deuxième série de six cordes, perpendiculaires à celles présentes ordinairement, sont tapées par des petits marteaux, actionnés par des solénoides cachés dans la caisse. Metheny contrôle le tout des pieds et des mains. Le concert se termine par un rappel, et un titre que je n'ai jamais entendu en live : le Sueno con Mexico, présent sur l'album New Chatauqua. Éblouissant de bout en bout !
Ce samedi 30 janvier, une page de la musique a été tournée par Pat Metheny, qui présentait son Orchestrion, en première mondiale. quatre-vingt dates sont déjà annoncées jusqu'au 22 mai en Europe et en Amérique du Nord. Le terme "Orchestrion" désignait, à partir du milieu du XIXe siècle, une combinaison d'instruments à clavier avec quelques percussions et des tuyaux gérés par des mécaniques et des pneumatiques.
Metheny, et une bade d'ingénieurs un peu fous, l'ont tout simplement réinventé. Il est plus imposant, avec des instruments traditionnels, des technologies de pointe conçues à sa demande par des roboticiens, de l'informatique dernier cri et un aspect bricolage. Metheny commande bien, et en temps réel, par sa guitare, cette machine à faire rêver. "Le plus complexe, a expliqué Metheny, c'est de penser à des dizaines de choses à la fois pour que la musique soit jouée, sans que cela ne bride l'expression musicienne. il y a même des passages "moins bien joués", en raison d'une défaillance technique d'une microseconde. Comme lors d'un concert avec des musiciens. Cet Orchestrion j'en ai rêvé à l'âge de 9 ans, lorsque j'ai découvert un piano mécanique dans la cave de mon père." Reste à savoir si les musiciens qui accompagnent régulièrement le guitariste né au Missouri, vont apprécier d'être remplacés par des robots, aussi virtuoses qu'ils soient...
Pat donne rendez-vous à ses fans le 13 février à l'Olympia... lien photos
Richard DUGOVIC